Chambre d'amour Malandain / Cabalette


La Chambre d’amour est une grotte légendaire de la Côte basque où jadis périrent deux amants. Situé à flanc de falaise, ce ventre fécondé par l’océan résonne de tous les mystères liés à la vie et la mort.

L’histoire les nomme Ura et Ederra (eau et beauté en Basque). Ils étaient réfugiés dans la grotte quand, tout au bonheur de s’aimer, ils se virent surpris par la marée qui avançait. Au matin, on découvrit leurs corps enlacés sur le sable. En mourant, Ura et Ederra rejoignent la littérature des amants dont l’idéal amoureux est brisé par le destin : Roméo et Juliette, Othello et Desdémone, … notre Chambre d’amour les évoque.

Il me plaît de penser que ces destins brisés trouvent leur origine dans le mythe de la Genèse. Lorsque Adam et Eve mangent le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, ils sont contraints de quitter l’unité du Paradis. Dépossédés de l’éternité, ils entrent alors dans le monde dualiste de la matière. Un monde qui, sur l’axe du temps, sera dorénavant rythmé par la vie et la mort.

L’amour serait-il alors la quête nostalgique de l’unité perdue ? Il est dit que nos amants transcendent cet amour dans la mort. Les ténèbres ne sont-elles qu’un passage, la nuit d’un soleil qui se lève chaque matin sur la chambre d’amour ?

Thierry Malandain


créé le 13 mai 2000 à la Gare du Midi de Biarritz

 

musique Peïo Çabalette

chorégraphie Thierry Malandain

décor et costumes Jorge Gallardo

conception lumière Jean-Claude Asquié

 

coproduction Théâtre de Saint-Quentin en Yvelines Scène Nationale, Esplanade de Saint-Etienne, Orchestre Régional Bayonne Côte Basque, Biarritz Culture, Diputación Foral de Gipuzkoa, Malandain Ballet Biarritz

 

durée de l’œuvre intégrale 60’

ballet pour 14 danseurs

 

artistes chorégraphiques Giuseppe Chiavaro, Mikel Irurzun del Castillo, Isaïas Jauregui, Olivier Jedrasiak, Lyane Lamourelle, Cyril Lot, Carole Philipp, Adriana Pous Ojeda, Magali Praud, Christophe Roméro, Luisa Sancho Escanero, Thierry Taboni, Brigitte Valverde, Nathalie Verspecht

 

réalisation vidéo Georges Flores



Création de Thierry Malandain : Une légende du Pays Basque

« […] « Le spectacle est abstrait et se situe plus au niveau thématique que narratif. C’est une parabole du Paradis perdu, de la chute et du retour à l’éternité » explique Thierry Malandain. […] « L’esprit de cette production est de renouer avec la tradition du ballet avec une partition originale », affirme Malandain dont c’est la première collaboration avec un compositeur. »

Danser n°188, Jacky Pailley , mai 2000 (rubrique « Bande-annonce »)

Éros et Thanatos

« […] On passe très bien de l’individualité au pas de deux, à des moments d’ensemble de la compagnie avec une fluidité admirable et selon moi, les réussites chorégraphies les plus significatives e nichant dans les mouvements d’ensemble avec tous les danseurs sur scène, en diagonale, en groupes symétriques ou asymétriques, réellement impressionnants. Mais tout cela en laissant de l’espace, pour que les individualités se révèlent. […] Dans son ensemble, c’est un travail de grande qualité, peut être lui manque t’il ce temps de maturité pour attendre la catégorie la plus élevée. »

, Carlos Gil

Destinées Tragiques : « La Chambre d’Amour » par Thierry malandain à Biarritz

« […] Ce vieux conte a inspiré à Thierry Malandain, le plus passionné de musique des chorégraphes néo-classiques français, une méditation sur les destinées amoureuses tragiques. […] »

Ballet Tanz, Thomas Hahn

L’amour en deuil

« […] S’appuyant sur une partition originale et haute en couleur de Peio Çabalette, qui ne dissimule pas son admiration pour Maurice Ravel, Malandain a signé une pièce de belle facture, où la marée n’en finit pas de rejeter des corps brisés et de construire des légendes. »

Danser n°190, J. C. Diénis, juillet-août 2000 (rubrique « côté scène – comptes rendus »)

Ballet Biarritz Thierry Malandain : La chambre d’amour

« Très attendue, cette création biarrote est, d’abord, une rencontre : celle du chorégraphe Thierry Malandain et du compositeur basque Peio Çabalette. […] Tentant pour Thierry Malandain de rendre ainsi un bel hommage à Biarritz où il dirige le dernier CCN crée en 1998, et de travailler sur le couple sur son unité et sa transcendance, sur ses oppositions et sa complémentarité. […] Il a fui cette voie narrative et a construit, sur une partition d’une grande richesse sonore, mais aussi d’une surprenante complexité, une pièce à l’abstraction limpide où les groupes alternent avec les couples dans une succession de « moments » fluides, colorés par l’intensité du geste, par la signifiance dramatique des rapports du couple, par l’affrontement ou l’abandon des corps. Sont ainsi suggérés toutes les tensions et les tourments humains, en symbiose avec la dramaturgie musicale très contrasté de Peio Çabalette qui développe un espace sonore traversé de poésie, de fluidité, de puissance et de douleur. […] Chacun distille avec sensibilité et intelligence les nuances et la progression du drame. Quel investissement émotionnel, quelle maîtrise ! Nulle complaisance narrative de la part du chorégraphe. Seule la gestuelle appropriée permet à chacun de « nourrir » son personnage par paliers, l’ensemble de la compagnie jouant un peu le rôle du chœur grec dans les tragédies antiques. […] Thierry Malandain émaille sa chorégraphie de portés audacieux ou ludiques, d’enchaînements inattendus mais psychologiquement toujours justes où les gestes, les corps, les regards, les sourires cisèlent l’essence même d’un bonheur sacrifié par la violence. […] Avec la Chambre d’Amour, Thierry Malandain signe, après 16 ans de création fructueuses, une œuvre ambitieuse et originale dont la réussite place le chorégraphe français à l’égal d’un Kylian, et bien avant d’autres noms plus médiatisés. La compagnie Ballet Biarritz en acquiert une nouvelle dimension. Les projets ne lui manquent pas. […] »

Danse, Sylvia Chaban